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de Sophie FillièresFontaine Leglou (Emmanuel Devos) a un grain. Un petit, comme tout le monde - de l’homme qu’elle croit reconnaître dans un parc à son peut-être futur beau-père. Le hic est dans le peut-être. Michel Strogoff (Bruno Todeshini), son compagnon, veut l’épouser. Elle, elle hésite, s’isole pour ne pas prendre de décision. Tergiverse. Alors Michel la poursuit avec la bague de fiançailles, véritable running gag, qui finira par connaître Fontaine de l’intérieur - littéralement. En chemin, la jeune femme, anesthésiste dans une clinique privée, rencontrera un malade magnétique, Philippe, ex docteur (Lambert Wilson), qui lui fournira la clé de l’énigme - ou, du moins un truc pour forcer la serrure.
Elle ne fait rien comme tout le monde, ne se laisse décourager par rien, vit sa vie avec ce petit décalage qui rend les choses supportables. Emmanuelle Devos apporte à cette fille au nom réjouissant un charme, un sourire en coin dévastateur, une voix innocente et douce qui donne d’autant plus de force à ses propos. La mise en scène de Sophie Fillière sait laisser leur intimité aux personnages tout en étant proche d’eux. À plusieurs reprises, elle capture avec délicatesse Fontaine qui s’isole, dans une cabine de piscine municipale, dans un ascenseur, tentant de ne pas résoudre son problème.
Car Fontaine ne souffre, en fait, que d’être profondément humaine. Le problème, c’est qu’elle le manifeste, et provoque chez ses interlocuteurs le même phénomène. Sophie Fillière sait à merveille traquer le petit vélo qui tourne dans nos têtes, et le faire ressortir dans des dialogues comme il y en a trop peu au cinéma : drôles, écrits et pourtant naturels. Fin du fin, ils distinguent même une affirmation d’une double négation : quand Fontaine Leglou répond « je ne suis pas pas » à la question « êtes-vous amoureuse ? », ça ne veut pas dire qu’elle l’est (amoureuse)... Le film comporte ainsi plusieurs répliques à base de négations enchaînées, toutes cultes - sans compter une tirade inoubliable sur les « paléontoclimatologues ». Gentille est une excellente surprise, à ne rater sous aucun prétexte.
Sophie Fillière avait réalisé son premier long métrage en 2000, sorti en DVD. Il s’agit d’une comédie, elle aussi absurde, plus déjantée que Gentille : Aie. Dans un tout autre style, je profite de la sortie cette semaine de l’Arc, de Kim Ki-duk (je ne l’ai pas encore vu) pour vous recommander un de ses films, véritable chef-d’œuvre : Locataires.