Un blog qui va, qui vient, d'actu importante ou non...
de William Karel
2004, France
Avec Clémence Boulouque, Elsa Zylberstein
Sorti le 4 janvier, durée 1h30
Si on vous dit l’affaire Boulouque, que pensez-vous en premier ? « L’affaire Boulouque ? C’est qui, Boulouque ? » Certains penseront peut-être à un nom, Clémence Bouloque, écrivain et critique littéraire au Figaro. Le Boulouque de l’affaire, c’est son père, Gilles, juge du terrorisme vers la fin des années 80. Accusé d’avoir cédé à la raison d’Etat, victime de campagne de presse, inculpé en 1988 pour violation du secret de l’instruction, ce qui scandalisera ses collègues, il finira par se suicider le soir du 13 décembre 1990.
’La fille du juge’, c’est le surnom de Clémence à l’école, quand son père apparaît à la Une des journaux : il est chargé du dossier des attentats meutriers de Paris en 1985 et 1986. La première rencontre d’une fille enjouée de neuf ans avec le terrorisme. Pas la dernière. Clémence est à New York le 11 septembre 2001. C’est sur ses souvenir de ce jour que s’ouvre le film, adaptation de son livre Mort d’un silence, écrit comme volonté de guérir. Guérir du départ d’un père.
Film, documentaire : la frontière est ici mince. Pas de dialogues. Simplement une narration, phrases du livres lues et incarnée par Elsa Zylberstein, sur des images de Clémence, des films d’enfance en super-8, des photos. Et des extraits d’émissions télé de l’époque, choisis et montés de façon exemplaire par William Karel, qui n’en est pas à son coup d’essai. Ici, ce n’est pas la mise en scène qui prime ; elle est plus inintéressante qu’autre chose. Mais les mots, les silences, le regard gai puis trouble d’une jeune fille, celui égaré d’un homme à bout...
A cela s’ajoute l’exposé d’un imbroglio politico-judiciaire aujourd’hui oublié, l’affaire Gordji, qui est tout de même à l’origine du « pouvez-vous me dire en me regardant dans les yeux » lancé par Chirac à Mitterand lors du débat pour les présidentielles en 1988. La fille du juge est à la fois l’histoire d’une perte, l’histoire d’un manque impossible à combler, et une tentative par une fille de permettre à son père d’être plus que « de ceux qui font l’actualité mais ne marquent pas l’histoire », selon les propres mots de Clémence. A voir absolument...
...ou, à défaut, lire le livre de Clémence Boulouque, Mort d’un silence. Pour ceux qui auront apprécié le travail de William Karel, sautez sur ses indispensables Le Monde selon Bush et CIA, guerres secrètes.