Un blog qui va, qui vient, d'actu importante ou non...
de Philippe Faucon
2005, France
Avec Vincent Martinez, Cyril Troley, Ahmed Berrhama
Sorti le 25 janvier 2006, durée 1H20
Le sud-est de l’Algérie, 1960. Le lieutenant Roque (Vincent Martinez) est responsable d’un poste, chargé de la sécurité de la région. Le quotidien, c’est les patrouilles, la fouille des villages environnants à la recherche des fellagas, dans ce qu’on a appelé par la suite « la pacification du bled ». Déplacer des habitants, pour la plupart terrorisés, pour couper le ravitaillement des « rebelles ». Mais c’est aussi gérer la cohabitation entre ses quatre harkis, ses « musulmans » comme il les appelle parfois, et son régiment. Tâche peu aisée, d’autant que son capitaine le prévient qu’ils seraient en train de comploter pour le tuer et livrer le poste aux fellagas.
Mais qui trahit qui dans ce film ? Les harkis, menés par Taïeb (Ahmed Berrhama), qui sont avec lui depuis presque quatorze mois et passent de l’autre côté ? L’armée française, qui utilise sans vergogne les services de ces jeunes Algériens en ne leur donnant rien en retour ? Les fellagas, qui luttent pour libérer leur pays mais terrorisent les populations ? L’ambition de La Trahison n’est pas de répondre à l’ambiguïté de son titre. Le film dépeint, avec une rare justesse, des jeunes hommes épuisés, pris dans ce réseau de contradictions. La réalisation se fait discrète au point d’être austère, mais elle en est d’autant plus implacable. Sa sobriété même donne une épaisseur humaine rare à des personnages très bien interprétés.
Court, le film a néanmoins un rythme paisible, calme qui reflète le sourd désespoir des soldats perdus dans une guerre qui n’a plus de sens. Roque l’avoue lui-même, quand il apprend la possible trahison de Taïeb. Déserter, passe encore, mais ce qu’il ne comprend pas, c’est la livraison du poste. La trahison, somme toute, serait celle d’un homme envers un ami. Philippe Faucon a le mérite de n’éviter aucun sujet, même la torture. Il a le mérite encore plus grand de ne pas juger, mais de simplement raconter, chose suffisamment rare pour être appréciée. Les films français sur la « guerre sans nom » ne sont pas légion. Surtout ceux qui savent en éclairer les multiples paradoxes. La Trahison n’explique pas, mais permet de comprendre beaucoup. Courez le voir avant qu’il ne disparaisse des écrans...
Des deux films français majeurs sur la guerre d’Algérie, seul Avoir 20 ans dans les Aurès, de René Vautier, est sorti en DVD. Pas de nouvelle pour R.A.S., d’Yves Boisset... Dans un tout autre registre, est également sorti en DVD Le Château Ambulant, dernière œuvre d’Hayao Miyazaki, une pure merveille, que je ne saurais trop vous conseiller.